Riquet

Pierre-Paul Riquet (1609-1680)

Quelle révélation ou quelle motivation a pu intervenir dans la vie de cet homme de 60 ans, que rien ne prédestinait à une telle entreprise : vouloir relier la Méditerranée à l’Océan Atlantique ? Fermier des gabelles pendant de nombreuses années, ayant réussi sa vie familiale, sa vie professionnelle et sociale, et à la tête d’une grande fortune, Riquet murit cette idée dans son château de Bonrepos près de Toulouse et consacra les 15 dernières années de sa vie à réaliser cet ouvrage pharaonique qu'est le canal du Midi. Il y laissa sa fortune et sa santé, mais réussit au XVIIème siècle cet exploit, reconnu à ce jour au Patrimoine Mondial de l’Humanité.

Pierre-Paul Riquet, né à Béziers en 1609 et d'une lointaine origine italienne controversée, débuta sa vie professionnelle à Castres, Mirepoix, rayonnant sur le Languedoc, puis sur le Roussillon. Il vécut ensuite à Revel où il fit la découverte des eaux de la Montagne Noire qui allaient alimenter son Canal. Sa fortune était alors à son apogée. Riquet fit l’acquisition du château de Bonrepos en 1652 qu’il remit au goût du jour. Marié avec une bittéroise, Catherine de Milhau, il eut 7 enfants, dont 5 atteignirent la majorité ( 2 garçons et 3 filles ).

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Encouragé par l’évêque de Toulouse, Mgr d’Anglure de Bourlemont, Riquet écrivit en 1662, une lettre de motivation à Colbert. Le projet reçut l’aval de Louis XIV, et l’aventure commença. A ses frais, il traça une « rigole d’essai », preuve du captage et de la conduite des eaux au seuil de Naurouze, point de partage des eaux entre Toulouse et Castelnaudary. Expertises concluantes, les travaux commencèrent en différents endroits et par tronçons : création du lac de Saint-Ferréol, démarrage du premier tronçon de Toulouse (écluse de jonction de la Garonne) à Trèbes, ensuite Béziers, Agde, l’étang de Thau, lancement de la construction du port de Sète. Soit 240 km, 53 écluses, de multiples ouvrages d’art, le tunnel du Malpas, etc. Jusqu’à 10 000 ouvriers travaillèrent en même temps, en faveur desquels il instaura un régime social, d’avant-garde pour l’époque. 

Riquet, très atteint par le paludisme régnant dans ces régions, mourut le 1er octobre 1680 dans sa propriété de Frescati, achetée quelques années auparavant, aux portes de Toulouse. Il ne vit pas la fin de son ouvrage, inauguré en mai 1681 sous l’autorité du Cardinal de Bonzi, Président des États du Languedoc.

Pierre-Paul Riquet est enterré à Toulouse, dans la cathédrale Saint-Étienne.

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La lettre de Riquet à Colbert du 15 novembre 1662 / Cliquez sur l'image pour l'agrandir et la télécharger

Monseigneur,

Je vous escrivis de Perpinian le XXVIII du mois dernier au subject de la ferme des gabelles du Rouissillhon et aujourd’huy je fais mesme chose de ce village, mais sur un subject bien esloigné de cette matière là. C’est sur celle du dessein d’un canal qui pourroit se faire dans cette province du Languedoc pour la communication des deux mers Océane et Méditerranée, vous vous estonnerés Monseigneur que j’entreprenne de vous parler d’une chose qu’apparemment je ne cognois pas et qu’un homme de gabelle se mesle de nivellage…

Mais vous excuserez mon entreprise lors que vous saurés que c’est de l’ordre de monseigneur l’archevesque de Tolose que je vous écris. Il y a quelque temps que ledit seigneur me fit l’honneur de venir en ce lieu, soit à cause que je luy suis voisin et omager ou pour savoir de moi les moyens de fere ce canal, car il avoit ouy dire que j’en avoit faict une estude particulière, je luy dis ce que j’en savois et luy promis de l’aller voir à Castres à mon retour de Perpinian, et de le mener sur les lieux pour lui en fere voir la possibilité. Je l’ay fait, et ledit seigneur en compagnie de Monsieur l’évesque de Saint-papoul et de plusieurs autres personnes de condition a esté visiter toutes choses qui s’estant trouvées comme je les avois dittes, ledit seigneur archevesque m’a chargé d’en dresser une rellation et de vous l’envoyer, elle est icy incluse mais en assez mauvais ordre, car, n’entendant ni grec ni latin et à peyne sachant parler françois, il ne m’est possible que je m’explique sans bégayer ; aussi ce que j’entreprens est par ordre et pour obéyr et non pas de mon mouvement propre.

Touttesfoix Monseigneur s’il vous plaic de vous donner la peine de lire ma rellation vous jugerés qu’il est vray que ce canal est faisable, qu’il est à la vérité difficille à cauze du coust mais que regardant le bien qui doibt en arriver l’on doibt fere peu de concidération de la despence. Le feu roy henry quatriesme ayeul de notre Monarque désira passionnement de fere cet ouvrage, feu Monsieur le Cardinal de Joyeuse avoit commansé d’y fere travailler et feu Monsieur le Cardinal de Richelieu en souhaitoit l’achèvement, l’histoire de France, le recueil des œuvres dudit Cardinal de Joyeuse et plusieurs autres éscrits justiffient cette vérité ; mais jusques à ce jour l’on n’avoit pas pansé aux rivières propres à servir ni sceu trouver de routtes aizées pour ce canal, car celles qu’on s’estoit alors imaginées estoient avec des obstacles insurmontables de rétrogradation de rivières et de machines pour élever les eaux. Aussi je crois que ces difficultés ont tousjours cauzés le dégoût et recullé l’exécution de l’ouvrage mais aujourd’huy Monseigneur, qu’on trouve de routtes aizées et de rivières quy peuvent estre facillement destournées de leur anciens lits et conduites dans ce nouveau canal par pente naturelle et de leur propre inclination, touttes difficultés cesent, excepté celle de trouver un fond pour servir aux frais du travail.

Vous avez pour cela mille moyens Monseigneur, et je vous en présente encore deux dans un mien memoire cy-joint afin de vous porter plus de considérer que la facilité et l’assurance de cette nouvelle navigation fera que les destroits de Gilbratar cessera d’estre un passage absolument nécessaire, que les revenus du Roy d’Espaigne à Cadix en seroit diminués et que ceux de notre Roy augmanteront d’aultant sur les fermes des entrées et sorties des marchandises en ce royaume, oultre les droicts qui se prendront sur ledit canal qui monteront à des sommes immenses, et que les subjects de sa Majesté en general proffiteront de mille nouveaux commerces et tireront de grands avantages de cette navigation, que sy j’aprans que ce dessein vous doibve plaire je vous l’envoyeré avec le nombre des ecluses qu’il conviendra fere et un calcul exact des toises dudit canal, soit en longueur soit en largeur.